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American Psycho Le Film

Damien Guillory on 7 septembre 2012

Je n’avais encore jamais regardé une adaptation cinématographique de l’oeuvre d’Ellis, et il me fallait donc combler cette lacune.

American Psycho

Après avoir relu avec plaisir American Psycho afin de m’en rappeler en détails, j’ai donc regardé le Film de Mary Harron.

Mon avis sur ce film reste mitigé.

Le film comporte quelques bon points:

En premier lieu, la bande son est géniale. Il faut dire que Bret Easton Ellis inclut le sound design à son écriture.

Ainsi aucun chapitre d’American Psycho n’est dépourvu d’un ou plusieurs titres de Pop des années 80. Certains chapitres sont d’ailleurs entièrement consacrés à un artiste ou à un groupe (Huey Lewis, Genesis ou encore Witney Houston…)

Le film n’avait donc qu’a copier/coller la trame sonore du livre sur l’image.

Au delà de la synchronisation musicale, la réalisation a fait appel à John Cale pour compléter la bande son par des créations originales.

L’introduction musicale, qui accompagne la présentation de Patrick Bateman est particulièrement réussie (piano solo, mystérieux et un brin inquiétant).

Le film se montre aussi, malgré les points négatifs relevés ci-dessous, fidèle au livre et une grande partie des dialogues est retrouvable mots pour mots dans le roman.

Les scènes sont parfois transposées dans un autre lieu, par exemple la scène mythique des cartes de visites, se passe dans les bureau (pour le film) et dans un restaurant (pour le roman), ce qui rend le film fluide tout en restant juste par rapport au livre.

Les points négatifs du film:

Le Film est sorti en 2000 dans les salles obscures, et 12 ans après, il fait déjà terriblement vieillot alors que le roman (paru en 1991) est toujours outrageusement moderne.

Les personnages tout d’abord manquent d’élégance et de charme. Peut être est-ce dû à l’évolution des « codes de beauté », mais même au delà de ça, là où Ellis a créé des personnages beaux et subtiles, le film les a rendu vulgaires et stéréotypés.

Luis Carruthers

(Courtney et Luis Carruthers sont notamment de piètres caricatures surjouées)

Il est aussi dommage que le film ne passe pas plus de temps à développer l’importance de l’apparence pour les personnages principaux.

Ensuite, la force du livre réside dans sa montée exponentielle vers l’horreur et la folie de Patrick Bateman, or le film ne prend pas assez le temps d’installer Bateman dans son costume de gendre idéal (bien qu’arroguant) et il nous plonge directement dans son univers froid et sanglant.

Par exemple le film débute directement sur une explosion d’insultes que Bateman envoie sèchement à une serveuse dans un club, et la scène du blanchisseur chinois, où Bateman apporte ses draps tachés de sang afin de les faire nettoyer, apparait en moins de 15 minutes dans le film alors qu’il vous faudra lire un bon quart du bouquin pour retrouver cette scène dans le roman.

De plus, le film est édulcoré au possible, on sent une prise de risque minimum et l’envie d’adapter sans choquer.

Pourtant le film était, à sa sortie en salle, interdit au moins de 16 ans, tandis que le livre se trouve libre à la vente dans toutes les bonnes librairies.

Comme quoi aujourd’hui encore il  y a des choses que l’on peut écrire mais que l’on ne peut pas montrer.

 

Vous l’aurez compris American Psycho (le film) reste pour moi une bonne adaptation, mais n’est qu’une pâle aquarelle du livre.

Si comme certains, le livre vous fait peur, le film vous offrira un bon aperçu du roman sans pour autant vous faire part de sa violence et son horreur.

A contrario si vous avez le coeur bien accroché, préferez de loin le roman.

Pour les amateurs de Bret Easton Ellis et de cinéma, allez jeter un oeil sur The Informers.

The Informers est une adaptation du receuil de nouvelles Zombies (paru en 1994), je l’ai regardé en faisant une petite pause pendant que j’écrivais cet article.

J’avais trouvé le roman pas vraiment mauvais, mais lourd, alambiqué et inégal.

 

Le film a su garder l’essentiel du livre tout en y amputant les chapitres inutiles, bien que nétant pas non plus le film du siècle il se révèle être une bonne surprise.