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Millepied au Pin Galant

Damien Guillory on 23 novembre 2012

Benjamin Millepied était Mardi et Mercredi soir l’invité du Pin Galant.

J’ai eu la chance de pouvoir assister à la première représentation.

L’affiche annoncait: Millepied/Cage/Proxima Centauri   Danse et Musique

Une fois arrivé sur place, un panneau affiche: Durée du Spectacle 3h….. ouch

Oui mais après lecture du programme, il ne s’agit pas de 3h de danse mais d’un spectacle en 2 parties dont la première composée uniquement de musique.

Pour combler le percussionniste que je suis, cette première partie est interprétée par des artistes invités parmis lesquelles le très grand Jean Geoffroy et la jeune Lucie Antunes que j’ai découvert il y a quelques temps en tombant sur sa vidéo des virtuoses études de Drouet sur youtube.

 

 

Et pour combler le sadique que je suis, avant même la première note, je me réjouis de voir une salle, remplie en majorité par des gens venus voir le chorégraphe de Black Swann, confrontée à 1h d’écoute d’un programme plus que osé.

Voyez plutôt:

01 Solfège de Dubedout          02 Amorès de Cage          03 Three Dances n°1 Cage          04 Criticisme de Dubedout

05 Child of Trees          06 Gefhül de Dubedout          07 Improvisation sur Credo in Us de Cage          08 4,33 de Cage

09 Three Dances n°2 de Cage          10 Trio de Cage

et une improvisation finale…..

 (petit aperçu de l’univers de Cage)

 

Je ne connaissait pas le compositeur français Bertrand Dubedout dont les oeuvres étaient ici  en création mais pour ceux qui trouve Cage Hardcore, vous trouverez Dubedout carrément Trash…

(Une composition « plutôt calme » de Dubedout)

 

Je reconnais que cette première partie était vraiment difficile d’accès, personnellement elle m’a permis de redécouvrir les oeuvres de Cage (parce que non je ne les écoute pas tous les jours) et de les trouver pour la première fois terriblement sensibles et introspectives.

De plus les réactions de la salle offraient elles aussi un spectacle jouissif (à noter qu’un bon cinquième des spectateurs n’a pas tenu le coup).

4,33 (bien qu’interprété aux percussions et beaucoup plus vite que la version originale) est toujours efficace, et l’improvisation finale était en harmonie avec le reste du programme et venait conclure avec brio cette première partie. Tout en douceur et en questionnement….

 

La seconde partie commence par une chorégraphie signé par Julia Eichten et Nathan Makolandra, deux des danseurs de la troupe L.A Dance Project.

Sur des musiques de Cage, jouées en live et très bien sonorisées, les danseurs nous offrent une réflexion (du moins d’après moi) sur l’individualisme dans les sociétés contemporaines.

Comment trouver son identité dans un monde globalisé?

Comment attirer l’attention sans sortir du lot?

Le visuel est très moderne, les musiciens présents sur scène occupent l’espace autant que les danseurs et comme un écho à la chorégraphie qui nous offre un reflet d’une société en perpétuelle mouvement, certains morceaux sont interprétés sur iPad…

 

Apparemment, le public commence à entrer dans cet univers pourtant toujours aussi contemporain que la première partie….

La danse adoucirait elle la musique?

L’univers de la danse contemporaine aurait il réussi le tour de force (que la musique contemporaine peine à réaliser) de se faire accepter du grand public?

 

Ceci dit l’audience n’est pas entièrement acquise et il faudra attendre la seconde chorégraphie pour convaincre les derniers indécis.

 

Cette seconde chorégraphie était en effet plus accessible.

Sur une création du compositeur américain Nico Muhly, Millepied propose une oeuvre moins lisible que la première choré mais beaucoup plus « populaire ».

La musique de Muhly est également plus abordable, elle nous emmène dans un univers plus proche de Philip Glass que de Cage.

Les musiciens ne font plus parti de la chorégraphie et sont relégués en fond de scène.

Personnellement cette partie m’a semblé longue et j’ai regretté que l’hommage a Cage ne soit pas assuré jusqu’à la fin.

Quand même un grand coup de Chapeau aux organisateurs pour avoir présenté ce spectacle osé à un public difficile car non habitué.