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Only God Forgives

Damien Guillory on 2 juin 2013. Tags: , , ,

Parce que vous, vous ne l’oublirez pas…

Le titre et l’affiche sont accrocheurs, les différentes critiques mitigées ont, tantôt adulé tantôt hué, il fallait que j’aille me faire ma propre opinion.

Le film étant interdit au moins de 12 ans (seulement) en salle, j’était assez dubitatif sur la violence extrême annoncée par les critiques.

Autant lever le voile tout de suite et vous l’annoncer clairement, oui le film est très violent.

Le réalisateur danois, Nicolas Winding Refn, a pris le parti de filmer l’horreur en gros plans, avec un réalisme époustouflant (et même parfois gênant).

Moi qui regrette souvent que le cinéma actuel soit édulcoré et trop sage, Refn nous offre ici un film choc, sans aucune concession, difficile à supporter mais terriblement intelligent et plongeant le spectateur dans un dédale phsychologique infernal.

 

L’histoire 

L’histoire se déroule à Bangkok. Julian et son frère ainé Billy tiennent un club de boxe Thaï qui leur sert de couverture pour un gros traffic de drogue orchestré depuis les Etats-Unis par leur mère Crystal.

Un soir, Billy, visiblement sous l’effet de la drogue se laisse aller à ses pulsions et décide d’aller « jouer avec le Diable ». Il viole et tue une jeune Thaîlandaise de 16 ans.

Suite à l’horreur de la scène de crime, le chef de la police locale décide de laisser au père de la jeune fille, la liberté de punir l’assassin.

Billy est battu à mort.

La mère de Billy débarque alors à Bangkok afin d’identifier et de récupérer le corps de son fils.

Assoiffée de vengeance elle ordonne à son second fils Julian de sauver l’honneur de Billy et d’éliminer non seulement le meurtrier de celui-ci mais également Chang le chef de la police qu’elle tient pour prinicipal responsable du massacre.

Les pistes de réflexion

(si vous n’avez pas encore vu le film et que celui-ci vous tente, je vous conseille de ne pas lire cette partie qui dévoile certaine moments clefs du film et de passer directement au paragraphe sur la musique)

 

Derrière ce pitch qui peut sembler mince, Refn nous entraine dans un cauchemar psychologique, magnifiquement mis en scène avec un sens aigu du cadrage (qui prend une importance remarquable) et un sens de l’esthétique soigné et constant.

L’ambiance du film, tantôt réelle tantôt halucinogène, nous plonge dans l’esprit perdu et perturbé de Julian. Lynch n’est pas loin tant sur le plan esthétique que sur l’intrigue à tiroirs multiples.

Le jeune Julian se retrouve confronté entre, son idée de la justice et la soif de vengeance de sa mère manipulatrice et castratrice (à qui il a toujours voulu plaire bien que celle-ci ait toujours préféré Billy). Il doit choisir un camp, trouver la bonne voie à suivre, Chang (Dieu vengeur), ou sa mère (Diablesse manipulatrice et perversse).

Dans les deux cas Julian se voit confronté à la violence et à sa culpabilité:

coupable d’avoir tué son père, coupable de ne pas avoir sauvé et vengé son frère, coupable de ne pas être à la hauteur pour être aimé par sa mère, coupable d’avoir toujours été jaloux de Billy (l’a-t-il seulement été un jour?), coupable de voir sa vie défiler devant lui impuissant face à celle-ci (coupable également de son impuissance sexuelle), coupable de ne pas savoir tenir tête à sa mère, coupable de ne pas pouvoir/savoir aimer…

Le rôle de Crystal, la mère (joué par Christine Scott Thomas) est d’une importance extrême. C’est d’elle que vient toute cette violence et le mal être de Julian. On apprendra dans le film qu’elle a poussé Julian auparavant à « la sauver » des griffes d’un mari probablement violent en lui demandant de tuer celui-ci à mains nues.

Ces mêmes mains que Julian regarde sans arrêt, comme un symbole de sa culpabilité et qu’il craint de voir couper par le sabre de la justice divine incarné par le chef de la police.

Chang est en effet un être suprême, adulé et respecté par les locaux, il semble être considéré comme un Dieu.

Propageant sa parole via les karaokés, lui seul à le pouvoir suprême de juger et de trancher (aussi bien métaphoriquement que physiquement) qui est coupable, qui doit payer et à quel prix.

Ainsi il semble épargner le père d’un jeune handicapé qui, afin de pouvoir subvenir financièrement aux besoins de son fils, a organisé pour Crystal une attaque contre la police mais laisse le jeune Billy seul face à la rage meurtière d’un père.

Nul autre choix pour Julian, afin de remonter dans l’estime de sa mère et de pouvoir enfin retrouver l’affection de celle-ci, que d’affronter en personne ce Dieu vivant.

Le combat aura lieu et Julian sous le regard dépourvu d’émotion de sa mère se fera allègrement amocher et humilier sans même parvenir à donner un seul coup à son adversaire.

Ce combat est le point culminant du film. L’étape clef dont Julian avait besoin pour couper le cordon et prendre enfin sa vie en main en oubliant le poids imposé par sa mère destructrice.

C’est d’ailleurs suite à ce combat que Julian va sauver la fille du chef de la police (qui allait se faire déscendre par un homme envoyé par Crystal) et enfin oser soumettre ses mains au sabre justicié de Chang.

 

La musique du Film

 

Les musiques originales du film sont signées par Cliff Martinez.

La BO brille par son efficacité et parfois même par son abscence, là ou on aurait pu attendre de la musique, Refn fait le choix du silence, nous laissant seul face à cette violence.

Martinez a su capter les intentions de Refn et il nous retranscrit une partition à l’image du film, parfois lente, complexe, interrogative et introspective, parfois haletante et anxiogène.

Point fort de la BO, outre les chansons prophétiques de Chang qui bercent et apaisent le film, le combat final est également brillamment illustré avec une musique rappelant les standards du film d’horreur (basse synthétique assez rythmique + nappes d’orgue effrayantes).

 

En Conclusion

Le film est donc une belle réussite (surtout lorsque l’on sait qu’il n’a eu que 4 millions de dollars de budget) mais sa violence peut en laisser certains sur le côté (un groupe d’ados à quelques sièges de moi s’esclaffait à chaques effusion de sang tandis que d’autres spectateurs eux détournaient le regard…).

Le meilleur moyen de vous faire une idée étant encore d’aller voir le film.