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Twixt…

Damien Guillory on 23 avril 2012

Il y a peu, en suivant les sorties ciné, j’entends que Coppola sort un nouveau film avec dans le rôle principal Val Kilmer….

 

J’imaginais déjà le chef d’oeuvre: L’inoubliable interprète de Jim Morrison (dans le film The Doors d’Oliver Stone) plongé au coeur d’un film du réalisateur d’Apocalypse Now.

 

Oui mais au vu du pitch, l’envie est vite retombée.

 

L’histoire:

 

Hall Baltimore (Val Kilmer) écrivain alcoolique à la carrière en fin de vie, spécialisé dans les romans de sorcellerie, se retrouve dans une petite ville au fin fond de l’Amérique pour une séance de dédicaces.

Il n’y a pas foule pour l’acceuillir, mais cette ville, lieu de refuge pour tous les ratés, les junkies et les mômes en fugue, l’attire.

Il faut dire que l’horrible meurtre perpétué auparavant (13 gamins tués par un prêtre) et les meurtres plus récents (sous forme d’assassinat de vampires) l’inspire terriblement.

Le spécialiste des Sorcières veut rester dans cette petite ville pour écrire un roman de Vampires….

 

 

Voilà, avouez que sur le papier, sauf si le film avait été signé Tim Burton, rien de bien alléchant.

 

 

Je me retrouve malgré ça vendredi soir dans une petite salle obscure, prêt à dégainer mon pop-corn afin de tenir le coup jusqu’à la fin d’un navet annoncé.

 

Dès le début, je sens que le film n’est finalement pas si mauvais. J’aurais même crié au génie si cela avait été un premier film tant porté un scénario aussi faible me semblait impossible.

Oui mais c’est quand même Coppola, et ce film est un condensé de clichés, tant sur le plan des images que sur le sound design.

Les balançoires balancent toutes seules en grinçant, les ampoules grésillent et les portes grincent. On croise un hibou, un serpent et on entend les corbeaux qui croassent. La forêt est à la fois magique et hantée… Bref j’ai l’impression de regarder un épisode de Ghost Whisperer.

 

Le héros lui même (à noter quand même la belle performance de Val Kilmer) est une caricature.

L’artiste obligé de sombrer dans l’alcool dans l’espoir d’effacer ses traumatismes.

Ces traumatismes qui le conduisent sans arrêt vers les mêmes mots, les même phrases, les mêmes clichés.

 

Tiens, tiens je commence à me demander si le film n’est pas un exercice de style?

 

En effet, une deuxième lecture pointe soudain son nez. Complexe, ambigue.

 

Hall Baltimore perdu dans des clichés grotesques car toujours hanté par la mort de sa fille dans un accident de bateau…

Coppola qui nous propose un film également rempli de clichés…

Le réalisateur essaye-t-il d’évacuer la mort accidentel de son fils dans un accident de hors-bord??

Ou plutôt, essaye-t-il d’expliquer, comme sur un divan, combien la mort de son fils est douloureuse.

Douloureuse au point de perturber tout son processus de création.

Il jette un camouflet à tous ceux qu’on entend dire: « L’art lui permet d’exprimer sa douleur »….

Non je crois que cette douleur et ce chagrin ne peut provoquer aucun talent expressif quelqu’il soit et que l’art en géneral n’est pas un exutoire de névroses.

 

Le film s’achève, me laissant à la fois perplexe et intrigué.

 

Il me faudra la nuit en réflexion pour comprendre:

Twixt est à la fois un film profondément personnel, intime et sans concession, mais fade voir mauvais si on ne cherche pas à cerner le cri de douleur qu’il exprime, il est aussi terriblement troublant pour qui saura chercher un peu plus loin qu’une simple histoire de vampires,

Twixt est le film raté d’un homme triste, et cette tristesse donne paradoxalement à ce film un côté grandiose.

 

Twixt c’est un peu l’Aigle noir de Coppola.

 

PS: pour rester dans les clichés, j’aurais aimé que Coppola nous propose quelques notes du « Concerto à la mémoire d’un Ange » d’Alban Berg pour illustrer son Film.